– Telle une Grenouille –

Je viens de passer l’été avec les enfants. Une magnifique saison qui a défilé à la vitesse de l’éclair. Comme à chaque année, je me suis faite avoir. Naivement, j’attends toujours la fin des classes avec impatience. Je me dis innocemment que le rythme pourra ralentir, que je pourrai me reposer, avoir moins de responsabilité et prendre le temps de prendre le temps.

Mais non! Rapidement le tourbillon estival m’a happée et j’ai virevolté tout l’été. J’ai joué, préparé, transporté, crié, cuisiné, chanté, surveillé, dansé, pagayé. J’ai fait du vélo, de la gestion de conflit, du camping, de la rando, des essais, des erreurs, de l’autocueillette. Je me suis lâchée lousse, inquiétée, excitée, émerveillée, exaspérée, reposée. Parfois, quand même.

Finalement, c’est la langue à terre que j’ai accueilli la rentrée des classes à bras ouverts. Le silence a retombé sur la maison et la poussière peut maintenant se déposer doucement, sans être déranger.

Par un bel après-midi lumineux, Ah-mon-beau-fils me faisait la réflexion qu’avec tout ce temps sans enfants – car oui, quand ils ne sont pas là, je m’assois dans un coin, sans bouger, inutile, en attendant d’aller les chercher à l’école – je dois tellement profiter du silence. Oh que ça doit te faire du bien maman!

J’ai trouvé l’observation tellement douce. Ça m’a fait chaud au coeur qu’il remarque ce qui me fait du bien. Après, j’ai peut-être déjà été au bout de ma patience une fois ou deux par le passé, prétextant la surstimulation sonore et visuelle pour justifier mon manque de tact. Toujours est-il que c’est vrai que le silence est réparateur. La Triade le remarque bien justement, maintenant qu’il partage leurs journées avec 16 ou 19 enfants criards et mouvants. Tout le monde a les oreilles à fleur de peau ces temps-ci.

J’aurais cru que cette augmentation drastique de silence dans mon quotidien m’aurait rendue douce, calme, patiente et tolérante. Mais non! Encore une fois, je me suis trompée – ça commence à devenir récurrent.

Au contraire, quand je vais les chercher, ils me rentrent dedans comme jamais. Ils bougent et parlent fort, tous en même temps, ils demandent, exigent, racontent, courent et se chamaillent. C’est tellement inconfortable, j’ai juste envie de prendre mes jambes à mon cou. Telle une grenouille qu’on plonge dans une marmite d’eau bouillante qui bondirait frénétiquement pour sauver sa peau, je voudrais me terrer au fond d’une caverne, sous une chute – ou aller au Népal.

Et je m’en veux! Je me déçois. Je m’attends à mieux de moi. Mais pourquoi c’est si intense? Moi qui vient de remplir ma chaudière de patience. C’est inacceptable d’être à boutte après 15 minutes en leur présence. J’étais des heures, des jours, des mois durant avec eux. J’ai subi un niveau de surstimulation beaucoup plus grand quoi! Et sans être une reine de la douceur, quand même, j’avais une plus grande tolérance.

Je suis lente à assimiler parfois. J’ai remarqué cette bizarrerie le printemps dernier. Mais comment se fait-il que je ne sois pas capable d’encaisser plus que ça? Finalement ça m’a frappé: en leur présence constante, je me désensibilise – dans une certaine mesure. Sans eux, je m’habitue au calme. Comme un galet qu’on lance dans un étang sans vent. Évidement que la même action n’aura pas le même effet dans l’océan déchaîné.

M’en rendre compte, c’était comme une révélation. Je me suis souvenue toutes ces fins de journée où j’attendais le retour de l’Homme avec impatience, suppliant les minutes de passer plus vite. Je l’imaginais alors débarquer, le preu chevalier, armé d’une cargaison de patience, faire de la gestion de conflits d’un simple revers de la main, sa cotte de maille de zenitude impénétrable par les cris des enfants. Je ne vais pas dire qu’il n’était pas à la hauteur de mes attentes, ce n’est pas ça. C’est plutôt que j’étais vraiment déconnecté de la réalité de quelqu’un qui reçoit au visage une chaudière de braises rougeoyantes chaque soir en ouvrant la porte de la maison.

Avec le recul, je réalise que, comme une grenouille dans un spa, la chaleur de l’eau a augmenté au fil des naissances et des défis sans que je ne m’en rende vraiment compte. Maintenant que je prends des bains de silence, c’est beaucoup plus difficile de plonger dans les eaux mouvementées de la parentalité.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Avatar de JDA JDA dit :

    C’est rassurant de voir que le temps passe et les situations sont les mêmes. Et les réactions de maman sont les mêmes aussi! Passe un bel automne ma belle filleule et décourage toi pas, le temps passe à la vitesse grand V rendue à la retraite!!

    JD

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    1. Oui haha! On se sent moins seule quand on voit que l’histoire humaine est commune à beaucoup.

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