– Blasphèmes! –

Je suis une mère qui sacre. J’y prends plaisir. Ça me fait du bien. Ça défoule. Ça donne du mordant à une histoire. Il n’y a pas d’adverbe qui puisse mettre plus d’emphase sur un point. C’est un peu un acte féministe aussi. Mon père sacrait. Toujours au bon moment et c’était un homme bien cultivé qui ajustait son niveau de langage selon la situation. Ma mère ne sacrait pas et dieu sait qu’elle aurait tellement dû. Alors peut-être que je sacre pour elle et toutes les autres qui n’ont pas exploré ce lexique flamboyant.

Je sacre, au grand désespoir de l’Homme, et c’est une décision réfléchie. Je trouve que c’est un vocabulaire riche auquel on ne peut échapper. Il y a un répertoire assez important de mots qui se déclinent dans une gamme de nuances vraiment complexes et il faut bien apprendre à les utiliser au bon endroit.

Ça, c’était ma réflexion quand la Triade balbutiaient une ébauche de langage que seuls les initiés pouvaient décrypter. Je me souviens avec douceur d’un bambin nu-couche qui courait autour de l’ilôt en criant « TABAhNAK! » en boucle, pendant que les deux autres pleuraient: « Arrête! Arrête! C’est mal! » L’homme me fustigeait du regard. C’était bien de ma faute si l’Enfant avait ce mot dans la bouche. Parce que d’instint, les enfants savaient l’ampleur de ce mot.

Quelle anecdote touchante.

Par contre, le matin ou un Enfant a dit à l’autre: »J’vais te chier dans face! »… Oh! Là, j’ai trouvé ça moins mignon. Ce ne sont pas du tout mes mots, mais surtout je n’utilise jamais les sacres comme verbe ou adjectifs appliqués envers quelqu’un. Insulter les gens, ce n’est pas mon plaisir. C’était la goutte qui faisait déborder le vase, parce que ce n’était pas le premier épisode de mauvais langage. Je réalise que je n’ai pas le plein contrôle de ce à quoi ils sont exposés et le chemin vers le judicieux choix des mots sera plus sinueux que j’avais naïvement pensé.

Nous avons donc décidé que la première étape était d’apprendre le contrôle et la retenue. Parce que ce n’est pas parce que ce mot existe qu’il est pertinent ni judicieux de l’utiliser. Il y a beaucoup de façon créative d’exprimer sa pensée avec intensité avant d’en arriver là. Ce sont des mots qui perdent leur valeur s’ils sont sur-utilisés.

Déjà, juste apprendre à bien placer le verbe « je déteste » ou encore l’adjectif « dégueulasse » n’est pas une mince affaire. Si tu détestes ranger ton crayon, comment réagir quand on te coupe la parole et qu’on te manque de respect. Si mon souper est dégueulasse, comment pourra-t-on décrire ton vomi qui enseveli mon soulier? C’est important de bien placer les mots sur leur échelle de nuance, sinon c’est le chaos qui s’installe.

Nous avons donc maintenant une jarre à mauvais mots. Les enfants y déposent 25 sous et les adultes 1$. Les mots condamnées sont tous les sacres et les mots vulgaires, les menaces violentes et les insultes en font parti aussi. On a le droit de chanter les chansons des Cowboys Fringants sans amende par contre. Les enfants on aussi le droit de nous demander la signification des mauvais mots entendus sans peur de purger leur tirelire.

Et avec la cagnotte? L’idée des enfants d’aller au cinéma n’a pas été retenue. Nous avons plutôt opté pour remettre cet argent à une cause. Quand j’ai entendu que ça ne prenait que 5$ pour allumer une lumière du Grand Sapin de Ste-Justine, je me suis empressée d’en parler aux enfants. Ils ont adoré l’idée, surtout que c’est leur lieu de naissance. Il ne reste que 3 jours à leur campagne et ils sont à 73% de leur objectifs. Alors si vous avez quelques dollars dans vos poches, allez allumer une petite lumière esti d’calisse!

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