– Départs et Séparations –

C’est un matin banale, en début d’une semaine banale, après un fin de semaine… banale. La routine s’enchaine dans la douceur. Les choses se font sans y porter attention. Maintenant, l’Homme s’occupe d’aller porter la Grande à l’école, la vraie, qui commence à 8h. Un total bouleversement dans ma vie, je n’ai que deux humains à aller livrer à deux coins de rue et pour 9h en plus de ça. Pour moi, c’est la lenteur d’une matinée de travail.

Si je travaille, c’est que je suis sans enfant. Ça n’arrive que deux jours par semaine. La Grande à l’école, comme je disais, les deux ptits derniers à la pré-maternelle au centre communautaire au bout de ma rue. Pour me donner de l’espace, je ne commence qu’à 9h30. J’ai la parole tellement facile que j’arrive quand même à me mettre semi en retard. C’est correcte, la faute n’en tient qu’à moi.

Je suis donc en train de jaser avec l’éducatrice-prof quand ma Petite-Amazone-Galopante s’approche de moi. Elle dépose sa main sur mon bras pour ne pas m’interrompre. Je m’agenouille et lui tends l’oreille. Maman, qu’elle me dit, maman, je trouve ça un petit peu difficile te voir partir ce matin.

Je lui souris tendrement et la prends dans mes bras. Viens te coller et remplir ton coeur d’amour ma belle enfant, avant que je ne doive partir. Je continue de placoter dans le cadre de porte, en balançant ce paquet de 20 kilos qui s’enroule et s’attache à moi. Tout en bénissant la vie d’avoir ce luxe de temps pour remplir son réservoir d’affection. Ce sera peut-être une journée fragile pour elle, mais je ne suis pas inquiète, elle sera bien.

Absolument tout dans la séquence est d’un douceur incroyable. Wow! Je me pince quasiment parce que dans mon cerveau, tous les autres moments déchirants de ce genre repassent en boucle et se superposent. La fameuse angoisse de séparation qui a commencé quand ils avaient 8 mois. Émotion dévastatrice qui se transforme, je l’apprends à l’instant, en anxiété de séparation après l’âge de 3 ans.

Les pleurs, les bras tendus, la morve, les yeux rougis, les hurlements, le doute, le désespoir, mes vêtements qui se font tirer, la fatigue, la colère, l’angoisse et le pire de tout: l’impuissance. Tout ça pour le dépôt à la garderie ou pour aller faire l’épicerie. Parce que je devais faire le souper ou changer une couche. Parce que, oh infame mère que je suis, je voulais faire pipi ou prendre une douche. Parce qu’il est temps de partir de chez la visite ou que la visite doit partir.

La vie est ainsi faite, de départs, de séparations et de deuils. Personne n’y échappe. Je remarque que chacun de mes enfants ne vit pas les séparations de la même façon et surtout, pas avec la même amplitude. Et moi, je les vis parfois (souvent même) difficilement aussi. Je parle de leurs émotions, pas des séparations. C’est que j’ai vraiment le sentiment d’avoir donner tout de moi, d’être au bout de moi-même et que les enfants sont ingrats. Ils ne savent pas la chance qu’ils ont d’avoir un rythme en marge de la société.

Mais non. Ils ne savent pas. Ils n’étaient que des bébés, des bambins, puis maintenant des enfants. De jeunes enfants qui n’ont pas encore touché l’âge de raison. Alors tranquillement, les réactions primaires migrent vers un dialogue ou, avec des mots, on peut s’expliquer. Avec des enfants de 5 et 6 ans maintenant, je peux mettre en place certaines stratégies pour adoucir la séparation.

Comme ce matin-là, avec du temps et de l’espace pour se remplir d’amour avant de se quitter. Mais, ce n’était pas assez. Je ne peux m’échapper éternellement de mes autres obligations. Je ne pensais pas qu’elle était si fragile. Je suis donc restée surprise quand je l’ai déposé et que j’ai réalisé qu’elle pleurait doucement. Je ne suis pas vite vite on dira, la veille au soir, au moment de la border, elle m’avait pourtant avertie: Maman, je trouve ça difficile te laisser sortir de la chambre. J’ai bien lu entre les lignes qu’elle voudrait qu’on dorme ensemble. Mais j’ai déjà donné dans le cododo, c’est au-delà de ma limite maintenant.

Toujours est-il que ce matin-là je devais bien partir. Que faire? Alors j’ai sorti mon arme ultime: le tatouage magique.

Pour ceux qui ne connaissent pas le concepte, c’est un dessin à l’encre, ici j’ai pris un sharpie, que l’on se fait sur la main. Ayant le même tatouage, temporaire certes, mais magique, quand l’ennui devient insoutenable, on regarde sa main et instantanément l’Amour se téléporte d’une personne à l’autre. Ici, j’ai fait un narval d’une série de livre qui traînait sur la table, mais ça peut être aussi simple qu’un gribouilli. Mes enfants aiment habituellement un thème par rapport à ce qui nous séparent. Par exemple, quand Papa va jouer au basket ball, on se dessine un ballon. Si les petits s’ennuient de leur grande soeur, ils se dessinent une école. Je me demande si parfois ce n’est pas juste le plaisir de se peinturlurer…

Pourtant, le soir même, au moment de les laisser pour aller à mon cours de yoga, Petite-Amazone-Sensible me dira que peu importe la raison, elle trouve ça difficile me voir partir, même quand c’est pour quelque chose qui me fait du bien. C’est ainsi que j’ai compris que c’était un cycle comme ça. Il me faudra la rassurer et l’accompagner de mon mieux.

Superbe tatouage magique
à l’honneur du Superbowl!

Laisser un commentaire