Ce matin, je regarde la neige de fin avril tomber en pestant contre la non-linéarité de la vie. Je sirote mon petit chaï pour me réchauffer après mon retour de livraison à vélo. J’essaye de ne pas penser au Duo que j’ai laissé à la halte-répit nature. Je suis supposée me reposer pendant qu’ils affrontent le froid, la neige et le vent du nord comme chante Passe-Partout. C’est un petit 9@4 dans un boisé où ils bénéficient de la pédagogie en nature. Je me refais la liste mentale de tous les pourquois du comment c’est la meilleure idée du monde de les inscrire à cette activité.
Malgré mes convictions, vient un moment où je regrette de les avoir déposer dans cette température du désespoir. Je tourne donc enfin mon regard vers le laptop. La page blanche m’hypnotise. En haut, au 2/3 de l’écran et qui traverse presque la largeur, une longue bande dépixélisée culminée par un beau trou noir. Mes yeux s’y perdent et je réfléchis, sans trop savoir où aller à partir d’ici.
D’ailleurs, je remarque que certains pixel noir semblent migrer. Une bande qui avait été impénétrable depuis plusieurs mois revient à la vie et je peux deviner mon texte qui se déploie au fur et à mesure que les mots me coulent au bout de mes doigts. Le prix à payer semble être le trou qui lui, s’agrandit. Ben coudon! Les enfants vont continuer de trouver ça désespérant regarder les p’tits bonhommes sur le laptop *rire machiavélique* (on en reparlera des écrans)

Ça en dit long sur mon état d’esprit. J’ai perdu le rythme de l’écriture. J’ai quelques balbutiements de textes commencés, mais rien qui n’avait l’urgence que j’en parle aujourd’hui plus que la semaine prochaine. J’ai pensé écrire sur la raison de mon absence, pour me justifier. Je m’en allais vers une analogie du bûcheron qui part pendant des mois au fond des bois, complètement déconnecter de sa famille et de ses projets. Je me suis fait rire moi-même tellement c’est n’importe quoi! (J’y reviendrai sur ce que j’ai fait dans les 2 derniers mois)
C’est dire comment j’aligne mes priorités. Les enfants d’abord et avant tout. Vient ensuite la famille, la grande, la large. Puis il y aura mon travail rémunéré parce que ça, c’est payant et utile. Finalement, au tout fin fond de la liste derrière les tâches ménagères et le bénévolats pour les autres, il y aura peut-être, si j’ai l’énergie, parce qu’on s’entend que je ne veux pas écrire un torchon incohérent, de m’asseoir derrière un laptop dépixélisé.
Quelle importance est-ce que je m’accorde dans ce projet?J’avais tellement hâte de venir m’installer et enfin de reconnecter avec mon écriture. Ça me fait tellement de bien écrire. J’y éprouve tant de plaisir. Pourtant, j’ai de la misère à décoller ce matin.
À vrai dire, on est rendu le soir, les enfants sont couchés et j’essaye d’aligner mes idées pour finaliser ce petit bout de papier. Comme beaucoup de chose depuis la naissance des enfants, le rythme est haché, découper, inconhérent. Le manque d’habitude me fait hésiter, tatonner, procrastiner. Il y a toujours de bonnes raisons de mettre de côté ce passe-temps relativement inutile. (Ça ne l’est pas, ce n’est qu’une question de perception, mais le résultat est le même)
J’ai l’impression de tourner en rond, de n’avoir rien dit, et pourtant tout est là. C’est l’histoire d’une femme, devenue mère qui cherche à se faire une petite place pour exister. Parce que l’idéal de la mère sacrificielle est tellement ancré qu’il est difficile de s’en départir. Même si sur papier, une mère heureuse aura des enfants heureux, la réalité c’est qu’il y a un flux continu de dossiers à gérer et à la fin de la journée, je n’ai plus l’énergie pour faire les choses qui me plaise à la hauteur de ce que je voudrais accomplir. C’est un thème récurrent pour moi ici. Après tout, c’est pour cette raison que je me suis créer cet espace. Pour exister à ma manière, me questioner et me raconter.
Sur ce, sans me relire ni peaufiner, je vais me contenter de ceci et aller faire les lunchs pour officiellement en finir avec ma journée de mère.
Quel sacrilège, n’est-ce pas, d’avoir prioriser la fin de mon texte!
4 commentaires Ajouter un commentaire