– L’Espace –

Au commencement, il n’y avait pas d’espace. Ou peut-être un espace négatif. Ma progéniture était à l’intérieur de moi. Pas autour, pas collé, pas en orbite. Dedans. Parfois à coup de deux. Aussi encombrant cela pouvait-il paraître, j’étais quand même libre. J’occupais plus d’espace certes, parfois même que je ne connaissais plus mes distances (pas que j’ai un talent inné pour me représenter dans l’univers…) mais il me restait toujours le contrôle de mes mouvements et mon temps. Avec le recul, c’était peut-être une illusion.

Toujours est-il qu’après l’expulsion, l’espace entre mon bébé et moi était vraiment minime. À partir de ce moment, les boires et les tentatives d’endormissement ont rythmés mon quotidien plus sûrement que les cloches des usines de la révolution industrielle.

Oh! Pourtant je ne me sentais pas le genre fusionnel. Ce n’est pas comme si j’avais la science infuse et la connaissance universelle me rendant l’unique personne capable de maintenir mon bébé en vie. Oh non. Je dirais même que j’étais plutôt le genre de mère à distribuer mes bébés à n’importe quel humain sobre en âge de conduire. Mais tel un boomerang, il me semble que j’avais à peine le temps d’entamer une idée que j’avais de nouveau les bras chargés.

Il y a très peu d’espace entre un bébé et son lait. En portage, il y a tout juste assez de place pour quelques gouttes de sueur entre sa joue et mon corps. Que dire du cododo, tout l’espace du lit se retrouve nécessairement de l’autre côté du bébé, me laissant pour dormir une surface à peu près équivalente au tier de ma corpulence. Même de jour, le sport national de mes bébés est définitivement de grimpouiller leur mère, même au parc.

Mais petit à petit, sans que je ne m’en rende vraiment compte, l’espace s’est allongée. Les distances augmentent, mais aussi les minutes s’allongent. Je me fais surprendre parfois par un enfant qui peut accomplir une séquence complète d’actions sans mon intervention.

C’est spécial comment, depuis le premier jour de vie, de mon premier bébé, j’ai eu besoin d’espace. Je suis devenue assoiffée de temps, pour moi. Pourtant, plus ils grandissent et s’éloignent, plus cet espace devient, tel un syphon, occupé par tout et n’importe quoi. Beaucoup sont des choses qui me tiennent à cœur, comme me brosser les dents tous les jours.

Et c’est comme ça que je me ramasse 6 mois sans écrire.

Et je mets ça sur le compte de mes enfants. Eux qui ont des besoins à considérer. Eux qui ont un ventre immense à nourrir. Eux qui ont une vie et des cours à suivre avec assiduité. Eux qui ont une maison à maintenir. Eux…

Mais alors que je les regarde, assis au loin à l’autre bout de la bibliothèque, je suis songeuse. Un bel espace s’est créé. Je l’aime cet espace. Ni trop grand, ni trop petit. Pour l’instant du moins. Par contre, je pense que j’ai un problème d’organisation. J’ai recommencé le travail. Plus un petit contrat. Plus du bénévolat. Et j’ai tellement de projet qui m’intéressent que je manque de temps.

Encore…

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