– Pourquoi? –

Emmitouflée de la tête au pied, je regarde le paysage d’hiver défiler le long de l’autoroute. Seuls mes yeux se dévoilent au monde. Le reste de mon corps, recroquevillé sous les pelures, tente de faire circuler mon sang chaud vers les extrémités froides. Sans grand succès.

– Mais pourquoi tu veux un enfant?

Je suis sans mot. Ben oui toi. Pourquoi? Prise au dépourvue, je cherche la réponse dans les sapins enneigés qui bordent le chemin vers le travail.

Je viens d’expliquer à mon collègue covoitureur pourquoi c’est si compliqué avoir un bébé. Malgré la décision de couple, je flotte encore dans l’ambivalence. La vie serait peut-être plus simple sans enfant quand on y pense. Les sapins ne me donnent pas la réponse. Les minutes s’étirent, je déclare forfait et lui avoue:

-Je ne sais pas. C’est comme ça. Pour le plaisir de montrer à un mini humain comment la vie est belle je suppose.

Transmettre ses valeurs. Une réponse préfabriquée qui met fin à l’inconfort de la question dans l’immédiat. Mais, tel un boomerang infatigable, elle revient à la charge pendant des semaines. Mais pourquoi je ferais ça? Quelle idée saugrenue quand même, faire un bébé. Se compliquer la vie quand elle est si douce.

L’hiver fait place au printemps. Je suis toujours ambivalente. Je ne sais pas trop pourquoi je me lance dans cette aventure improbable. Peut-être trouverai-je la réponse dans les érables enneigés de la cabane à sucre familliale. Après 3 ans loin de mon Québec, je renoue avec cette merveilleuse tradition, si chère à mon coeur.

Je n’y suis que de passage, mais c’est impossible d’aller manger au restaurant sans passer derrière le comptoire et mettre la main à la pâte. Je me retrouve en arrière, dans la quiétude des frigos. C’est la corvée de marinade. J’ai toujours aimé ce travail. Remplir les pots de cornichons (les meilleurs au monde), de betteraves et de ketchup maison (le meilleur au monde). Bien les laver pour que la présentation sur la table soit impeccable. Manger ce que j’échappe inévitablement.

Cette fois-ci, je suis en équipe avec la petite dernière de ma cousine. C’est le début de la saison et tout le monde est un peu rouillé. La petite, juchée sur une caisse de lait, a le mandat de trouver les bons couvercles pour aller avec les bons pots. Du haut de ses pas 3 ans, elle y met tout le sérieux de l’univers. Son visage de chérubin à croquer est de marbre. Une beauté à fendre l’âme.

On travaille côte à côte dans la plus pure fluidité, comme si nous avions toujours fait ça. Nous ne lâcherons pas tant que nous n’aurons pas fini les 250 pots à préparer. Quand je plonge dans les profondeurs de ses yeux, j’y vois un certitude bien ancrée: je suis exactement où je dois être. Pas de doute, pas d’ambivalence. C’est là que j’ai trouvé mon pourquoi.

Pour perpétuer des traditions, surtout familiales, c’est embêtant si on ne fait pas d’enfant. 8 ans plus tard, je profite du bonheur de travailler aux côtés de mes enfants aussi. Il y a quelques semaines, on a eu la chance incroyable d’aller faire 83 tourtières, 250 biscuits de Noël et 35 rouleaux de pet de soeur pour le grand party de Noël.

Faites-en des enfants! que ma grand-mère disait. La cabane à besoin de main d’oeuvre.

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  1. Avatar de Marraine Marraine dit :

    Magnifique constat!😘💕

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