– Seule. ENFIN! –

14 mois. J’aurai eu besoin de 14 mois pour apprivoiser ma triade d’enfants. 14 mois, avant de passer une journée complète seule. J’entends par là, simplement une journée de travail de l’Homme.

On est à la mi-janvier, c’est le blizzard. Je décide de garder le trio à la maison. Seule. Je suis toute aussi curieuse qu’anxieuse. J’ai envie de fuir. D’appeler à l’aide. Mais je respire et je décide de m’en tenir à un seul objectif: ne lancer aucun enfant par la fenêtre.

J’ai honte d’avouer que, pendant tout ce temps, j’ai eu de l’aide à. Tous. Les. Jours. Je vois les sourcils se hausser de surprise. Vraiment!?! Jamais seule une journée avec les trois? Je me sens extraterrestre, mais c’est ça ma vie. Je vous raconterai un jour.

Bref, depuis 1 an que j’aspire à ce jour. Ce jour où je n’aurai plus besoin d’aide. Ce jour où je saurai gérer la tribu. J’avais tellement hâte de réussir. Seule. Pas parce que je n’aime pas le monde, mais parce dans ma tête, toutes les mamans réussissent. Seule. Il me semble que c’est ça la vie en Amérique du Nord.

Qui habite chez ses beaux-parents à la naissance de ses enfants? Qui appelle sa mère, ou sa belle-mère à tous les jours? Qui demande à la voisine de venir gérer le dîner. Qui demande à sa belle-sœur de venir après la job gérer le souper. Qui utilise ses amies pour faire du portage? Et une thérapie au passage?

Petit à petit, j’ai demandé moins d’aide. J’ai commencé à gérer des petites parties de journée sans trop de problèmes. Puis, éventuellement, la Grande a été mise en garderie. J’étais enfin capable de m’occuper des Jumeaux. C’était l’été, il faisait beau, je me sentais championne.

Puis le ciel s’est assombri. C’est devenu de plus en plus difficile. J’ai beaucoup pleuré sous la pluie. Je ne pense pas qu’on n’y voyait que du feu. Jusqu’à ce que je décide de mettre les Jumeaux en garderie aussi. Pour pouvoir m’occuper d’eux la nuit, j’avais besoin de ne plus les voir le jour.

La vie a suivi son cours. Les enfants ont grandi. Le sommeil s’est consolidé. J’ai pris du mieux. Sans trop m’en rendre compte, la routine est devenue plus fluide. Jusqu’à ce matin où je décide enfin de me lancer et d’affronter ma triade. Seule.

C’était mon objectif ultime. Quelle fierté! ENFIN! Puis ma Grande qui me demande:

– Qui vient à la maison aujourd’hui?
– Personne ma chérie. Aujourd’hui, nous sommes tout seul.
– Pourquoi on est tout seul?

Et là! Je fige. Son regard d’incompréhension me questionne intensément. J’ai envie de lui répondre :parce que c’est ça la vie de famille normale, notre famille, c’est juste nous. Mais je ne le dis pas. Je trouve ça beaucoup trop stupide. Je me rends compte que j’avais tout faux.

Ce que je ressentais comme de la faiblesse, était en fait une richesse. Mes enfants ont développé des liens d’attachement très puissant avec tout un village. C’est tellement beau à voir, cette communauté qui s’est créée autour de nous.

Alors je répète la question. Pourquoi on veut réussir toute seule? Réussir quoi?

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