– Libérer le Cadre –

C’est un après-midi fragile. Le genre d’après-sieste qui bougonne. Avec l’urgence de vivre qui nous habite depuis que la chaleur s’est installée, j’ai parfois besoin d’imposer une limite à nos activités bourdonnantes.

Je cède donc avec grand plaisir au désir de bricoler de la Grande. Elle a un amour infini pour l’art. C’est presque quotidiennement qu’elle me demande cet activité. Techniquement, c’est disponible en libre service, mais elle aime que je lui porte l’attention de l’installer. J’y éprouve du plaisir aussi, lui proposer différents médium, différents matériaux, différentes techniques. Comme à l’habitude, la Jumelle la suit et elles s’absorbent complètement dans leur art. Elles sont relativement autonomes et je n’ai plus qu’à laisser le temps se figer et les observer.

Le Jumeau, lui, c’est une autre histoire. Son intérêt évolue lentement, très lentement, de même que sa capacité d’attention. De plus en plus, il se joint à l’activité par curiosité. Je jubile à chaque fois de pouvoir partager mes passions avec lui. Évidemment, jamais je ne force, mon objectif c’est de laisser libre cours à l’exploration et la découverte. Je garde le cadre au minimum, pour ne pas envenimer un moment déjà fragile par de futiles chicanes.

J’ai quand même des règles! 2 règles. Pas dans la bouche! Sur la feuille! Ou peu importe à  l’intérieur de quel cadre l’activité se déroule (la porte patio, la table, la feuille, le bac). Ça semble déjà si simple, si peu de limite, en même temps c’est visiblement encore beaucoup trop contraignant.

Hier, j’ai donc dû me faire violence pour élargir le cadre et laisser la magie opérer. De voir mon fils participer pendant 45 minutes à une activité qu’il tolère à peine 5 minutes habituellement, me rempli de bonheur. Quand je lui demande pourquoi il ne peints pas sur la feuille il me répond: parce qu’il y a déjà trop de peinture dessus. Étrangement, 3 litres de gouache sur ses mains ce n’était pas trop par contre.

J’ai dû déployer des efforts gigantesques pour contrôler mes pulsions. Veux tu prendre ton pinceau? Peints sur ta feuille! Veux tu un pochoir? Regarde les couleurs vives! Techniquement, se badigeonner les mains de gouache en continu respecte les règles établies. Mais je dois taire l’angoisse qui m’assaille en imaginant tout le nettoyage qui s’ensuivra.

J’aurais dont voulu que ça se passe comme je souhaitais, qu’il peigne là où je voulais. Mais ce n’est pas son intérêt. Ce Garçon est du type sensoriel, un petit humain à la peau très sensible. Le genre qui ne supporte pas un tattoo plus que 38 secondes, top chrono. C’était fascinant de le voir se tremper jusqu’au coude dans la gouache. Mais c’est surtout le moment partagé par les 3 qui m’émerveille. Chacun avec son approche et sa personnalité.

Après, ça m’a pris 45 minutes nettoyer tout ce beau monde et le matériel.  Il faut savoir bien doser son énergie quand on se lance dans ce genre d’épopée. Parfois, c’est vrai, la corvée de nettoyage est aussi longue que l’activité en soi. Personnellement, quand c’est pour de l’art, ça vaut le temps et l’énergie. Ça vaut les crises qui s’ensuivent aussi, parce que ça ne s’est pas terminé dans la joie et l’allégresse. Je suppose que ça fait parti de l’apprentissage.

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Jacinthe dit :

    C’est vrai que c’est beaucoup de travail ce genre d’activité! Je n’ai pas tout le temps l’énergie …mais quand je l’ai, j’apprécie beaucoup le fait de lire le bonheur dans le visage de ma fille 😌

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    1. Définitivement! C’est ce que j’appelle une activité à grand déploiement 😅. Faut savoir doser l’énergie de tout le monde.

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