– L’Attachement – Épisode 2

[Le mariage arrangé]

Je ne sais pas ce qui s’est passé de différent. J’ai oublié de lire le mode d’emploi? Est-ce que c’est la péridurale? Les hormones? Ou la fatigue? Toujours est-il que lorsque je mets au monde les Jumeaux, ça ne se passe pas du tout comme la première fois. Pas de conte de fée au rendez-vous en cette froide nuit de novembre. Pas de tsunami d’amour. Juste un choc. Une maman hébétée. Figée.

Je les ai pourtant portés pendant 38 semaines. La lourdeur de ma bedaine était bien réelle. J’ai scruté au moins huit paquets de petites photos floues d’échographie. J’ai eu peur de les perdre. J’ai angoissé de les avoir. J’avais si hâte qu’ils sortent. À la fin, j’écoutais même leur cœur toutes les semaines. Ce cheminement ne m’a, hélas, pas protégée de cet état de choc.

C’est comme si la péridurale avait gelé mon cœur et ma tête. J’aime cette idée parce qu’elle me déculpabilise, alors je m’y accroche. Quand je propulse ces deux êtres humains dans le monde, l’Homme en attrape un et moi l’autre. Je regarde ces deux petites choses sur mes seins et je ne comprends rien. Il y a erreur. Ce n’est pas possible. Les humains n’arrivent pas deux par deux. Infirmière, pouvez-vous en reprendre un je vous prie? Un des deux n’est pas à moi. Oui mais voilà, je ne sais pas lequel…

Ce sentiment étrange dure plusieurs jours. Je scrute leur visage, j’analyse les similitudes. Je cherche la beauté. Je veux découvrir l’amour sous les plis de leur peau fripée. J’allaite, je change, je porte, je berce par automatisme. Je fais ce qui doit être fait, par devoir. Toujours en voulant découvrir qui m’appartient.

Ce n’est pas une vague d’amour maternel qui m’envahit, c’est un ouragan de culpabilité. Dès la moindre connexion avec un bébé, je me sens horrible parce que je sais, rationnellement, que les deux viennent de mon utérus. C’est surement Lui, mon petit bébé à moi, il ressemble plus à la Grande. C’est probablement Elle, mon petit bébé à moi, la regardant téter avidement le sein.

Par-dessus s’ajoute la comparaison avec la naissance de la Grande. L’ultime injustice, je l’avais aimé instantanément, elle. Maintenant, que les Jumeaux sont là, ils accaparent tout mon temps et je ne peux plus jouer, coucher, toucher, cajoler ma Grande. Je la repousse, j’ai besoin d’espace, j’ai besoin de temps. J’ai besoin de priorisé les petits pour trouver à les aimer.

Comme un mariage arrangé, le temps à changer bien des choses. Je ne saurais dire à quel moment la relation avec les Jumeaux équivaudra à celle avec ma Grande. Si tu me mets un gun sur la tête pour me forcer à répondre, je te dirai 8 mois. Sur le coup, ça me paraissait atrocement long. De long mois de mère indigne qui choisissait ses enfants. Trois ans plus tard, ça me semble bien court. Trois ans plus tard, je vois bien que ces deux parcours différents ont mené exactement à la même place. Je suis une maman qui aime éperdument et également ses trois enfants.

Si tu me mets un gun sur la tête, je ne saurais lequel choisir.

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