La covid vient de me ramasser de plein fouet. Après un confinement en bonne et due forme de 15 jours, voilà que la vie reprend tranquillement son cours. Les enfants sont de retour à leurs activités et moi derrière mon clavier. C’est le retour à la normal, sauf que… pas tout à fait. Il me reste encore une faible énergie, de l’essoufflement et je ne suis toujours pas capable de chanter – ce qui est un véritable drame dans la comédie musicale de notre vie familiale.
Je dois encore composer avec ce corps changeant. Aussi normal que ce soit, je suis découragée de toujours m’adapter à cette carcasse qui m’entrave. Depuis 5 ans, j’habite un corps qui fluctue énormément. Un corps que je sens faible et brisé tout autant que puissant et stupéfiant. Ce corps, il a tout donné.

J’ai conçu, incubé et mis au monde 3 humains.
J’ai porté dans mon ventre, dans mes bras et dans mon dos.
J’ai nourri de mes seins et continue de mes mains.
Je me suis accroupie et roulée par terre, mais rarement assise.
Je lève et soulève et balance et pousse.
J’ai marché des kilomètres sur place.
Je m’ennuie du corps de mes 20 ans. Ce n’est pas une question de poids. D’ailleurs, je pesais 210lbs à 20 ans. Rien à voir avec la mesure. C’est une question de sensations. À 20 ans, j’avais confiance en mon corps. Je pouvais pousser ses limites, à chaque fois il se renforçait.
Mon corps postpartum m’inquiète, je ne lui fais pas confiance. Encore une fois, ce n’est pas une question de poids. Au creux de l’épuisement, juste avant la pandémie il a fondu à 130lbs. Pourtant, je me sentais tellement précaire dans ce corps. Toujours peur de tomber et d’échapper un bébé. J’étais chancelante.
Je me sens mieux, maintenant que j’ai repris mon poids métabolique. J’accepte toutes les différences esthétiques. Mais je ne peux trop en demander par peur de ne pas pouvoir revenir à la maison si je pousse trop loin. J’aurais tellement envie de retourner à cette vitalité qui donne des ailes. Sautiller, danser et courir dans les champs de blé. J’ai envie de bouger sans crainte et de respirer sans soupirer.
Je regarde les années qui s’écoulent de plus en plus rapidement. Les sensations dans mon corps changent tranquillement. De moins en moins de douleur. De plus en plus d’énergie. Mais je trouve ça long, tellement long, que je crains de ne jamais habiter un corps fiable et confortable à nouveau.
J’accepte difficilement ce recul que me cause la covid.
Encore un exercice qui met ma patience à rude épreuve.